Le monument civil du Mémorial Interallié de Cointe, dans ses deux composantes, la tour et l’église, évoque l’histoire et marque le paysage architectural de la ville de Liège.
La tour, aujourd’hui sans fonction particulière, n’est ouverte qu’occasionnellement, notamment le 21 juillet et lors des Journées du Patrimoine. L’accès au bâtiment alors autorisé, un grand nombre de personnes sont présentes, attirées essentiellement par le panorama visible depuis le haut de la tour. Cet édifice offre donc un attrait particulier, une vue exceptionnelle sur la ville de Liège et ses environs ainsi que de vastes salles intérieures (dont certaines sont toujours inachevées à ce jour).
En 1923, le souhait de la création d’un monument à la gloire des soldats alliés fut émis lors du premier Congrès de la Fédération Interalliée des Anciens Combattants à Paris. Deux années plus tard, un Congrès semblable se réunit à Rome et décida de l’exécution du projet par une nation ayant été fortement touchée par le conflit. C’est ainsi que la Belgique fut choisie et plus particulièrement la ville de Liège. En effet, la Belgique fut durement affectée par la guerre et Liège fut la première ville à avoir affronté les adversaires avec efficacité. Suite au concours lancé peu après, et remporté par l’architecte anversois Jozef Smolderen, les travaux purent débuter en septembre 1928 pour se terminer en 1938 (deux ans après l’église), entièrement financés par souscription publique des pays alliés.
L’aménagement des esplanades et de la salle ouverte ainsi que les plantations de la butte commencèrent par la suite mais ils ne furent jamais complètement réalisés.
ARCHITECTURE
Le monument civil se compose d’une grande salle ouverte aménagée au niveau de la première esplanade et encadrée de huit puissants pylônes : « la Salle des Pylônes ». Un escalier en hémicycle continue cette grande salle et conduit à la tour.
La tour est constituée d’une salle haute, située au niveau de la seconde esplanade, et d’une salle basse, appelée « Crypte », abritant les monuments commémoratifs des Nations alliées (à savoir, l’allégorie franco-belge, le sarcophage roumain et le groupe dédié à l’Espagne). Entre ces deux niveaux, se développe une galerie intermédiaire occupée par la conciergerie.
Ces deux salles, basse et haute, sont surmontées de huit étages dont certains présentent un aspect inachevé : les briques des murs et le béton de la structure sont apparents, les balustrades sont peu soignées. Un évidement central de forme octogonale perce le plafond des sept premiers niveaux, révélant ainsi, de l’intérieur, la hauteur du monument. Une balustrade en fonte de style Art déco borde cet évidement aux trois premiers niveaux. Une coursière aménagée au sommet de la tour permet de découvrir un panorama ininterrompu s’étendant sur toute la périphérie liégeoise, dans un rayon de plus de 15 km.
Deux ascenseurs assurent l’ascension de la tour : l’un de la salle haute au niveau 159,65, dit « zone de transit » et l’autre de ce même niveau jusqu’au sommet de la tour. Des escaliers étroits et difficilement praticables permettent également le passage d’un étage à l’autre.
La tour du Monument civil, avec son élévation aux lignes pures, ses baies aux formes stylisées qui se répètent, les volumes géométrisés qui s‘accrochent à sa base est un clair témoin de l’Art déco. A l’intérieur, les éléments de décoration (les balustrades en fonte, les motifs des pavements, les dessins des portes) ainsi que l’organisation des plans (un octogone inscrit dans un carré) exploitent la stylisation géométrique. Le procédé de construction, une ossature en béton armé encastrée dans un radier, et le type même de construction, une tour gratte-ciel, font preuve de modernité en exploitant les techniques et matériaux nouveaux.
LES TRAVAUX À LA TOUR DU MÉMORIAL INTERALLIÉ
Le Monument Interallié, dans son ensemble, tour et église, nécessite un certain nombre de travaux de rénovation pour lui rendre tout son lustre. Cela est surtout vrai pour l'église car au niveau de la tour, l’Etat belge (représenté depuis 1971 par la Régie des Bâtiments), y a effectué un certain nombre de travaux de reconstruction notamment à la suite des bombardements de 1944.
Pour ce qui concerne la tour, l'écoulement du temps et la pollution atmosphérique y ont occasionné un certain nombre de dégradations. Elle donne ainsi une impression de vieillissement consécutif à la salissure de la pierre. Dans les années 1980, tous les châssis métalliques d'origine ont été remplacés par des châssis en aluminium avec comme résultat non seulement l'affectation du style architectural particulier mais également de nombreuses infiltrations d'eau à cause de joints mal exécutés.
L'état de l'esplanade se dégrade avec la disparition des joints et la vue panoramique sur la ville a disparu suite à la pousse des arbres. Les lampadaires initiaux qui éclairaient les environs ont été démontés et fort heureusement conservés à l'intérieur de l'édifice.
Les campagnes de restauration
Une occupation permanente du Mémorial est quasi impossible. Les travaux envisagés visent dès lors à le mettre en valeur tant au point de vue historique, pédagogique que touristique.
La première campagne de restauration s’est déroulée en 2007-2008. Elle avait pour but :
le nettoyage des pierres de parement des façades qui avaient subi des dégradations dues notamment à la pollution et au vieillissement du bâtiment;
le remplacement des châssis en aluminium placés dans les années 80 par de nouveaux châssis en acier semblables à ceux d’origine mais adaptés aux normes de sécurité actuelles.
Pour pouvoir effectuer de façon satisfaisante les différentes interventions, la tour fut entourée d’une structure d’échafaudages considérable. Le tout était également couvert d’un voile, nécessaire pour protéger l’environnement lors des nettoyages.
D’autres travaux sont également prévus dès 2010 :
le renouvellement complet des deux ascenseurs intérieurs ;
la revalorisation de l’intérieur : éclairage, téléphonie, informatique... ;
l’éclairage architectural des bâtiments et des abords ;
la revalorisation de l’esplanade : la réparation ou le remplacement de pierre, la mise à niveau du pavement, le remplacement des joints, la réfection de l’égouttage ;
l’aménagement des plantations en contrebas afin de permette aux visiteurs de profiter de la vue panoramique sur la ville de Liège.
FINANCEMENT
Ces travaux sont réalisés avec le soutien de la Loterie Nationale.